Pourquoi vous devriez prendre tous vos jours de congé

Le designer new-yorkais Stefan Sagmeister a fait un tabac avec son TEDtalk traitant de son approche révolutionnaire du rythme de travail : tous les sept ans environ, il met la clé sous la porte et prend une année de congé. Nous l’avons rencontré afin qu’il nous explique pourquoi nous devrions tous prendre nos jours de congé.

Qu’est-ce qui a mené à votre premier congé sabbatique ?
Plusieurs choses, y compris la visite d’un designer influent et plus âgé à mon studio. Il avait apporté des œuvres fantastiques qu’il appelait ironiquement de l’« art de sortie », parce qu’il les avait créées alors qu’il quittait le monde du travail. Je me suis dit que c’était dommage d’y avoir goûté qu’à 60 ans. L’« art de sortie » aurait bien plus d’impact sur notre travail s’il était saupoudré à intervalles réguliers tout au long de notre vie. J’ai pris une première année sabbatique à 38 ans, une deuxième à 46 ans et une troisième à 54 ans.

Quels sont les premiers bienfaits que vous avez remarqués ?
Cela a fait en sorte que mon travail demeurait une vocation et ne se réduisait pas à un simple boulot. En regardant le travail des 25 dernières années de notre studio, je réalise que les choses qui me rendent le plus fier ont surgi de réflexions faites pendant ces congés.

Pourquoi à votre avis ? Parce que vous étiez déconnecté ?
Je n’ai aucune envie de me déconnecter pendant mes congés sabbatiques. En fait, je travaille sans doute plus d’heures que pendant une année au boulot ! Je n’ai juste aucun contact avec la clientèle. Je suis à la recherche de designs et de projets porteurs de sens, ce qui, pendant mon deuxième repos sabbatique, a mené à The Happy Film. Ça m’a forcé à faire une foule de recherches et d’expérimentations sur le sujet.

L’expérimentation, c’est la clé ?
Je crois, oui. Ferran Adrià, considéré par plusieurs comme le meilleur chef de la planète, fermait elBulli pendant six mois chaque année tout en continuant d’employer une brigade complète pour expérimenter. C’est donc 50 % de son temps qui était consacré à l’expérimentation, comparativement à un maigre 12,5 % dans mon cas.

À ceux et celles qui n’ont pas le luxe de se payer une année sabbatique complète, quelles mesures plus ponctuelles proposez-vous ?
Je pense que la durée est moins importante que l’engagement à vouloir prendre du temps pour faire ce qui vous intéresse vraiment, à vous donner de la latitude pour essayer des choses. Tous ceux et celles dont j’admire le travail l’ont fait d’une façon ou d’une autre, que ce soit tous les après-midi, un jour par semaine ou quelques jours par mois. J’ai été témoin d’à peu près toutes les versions possibles en entreprise, qu’elle soit petite ou grande. J’ai parlé à des dizaines de personnes, riches ou pauvres, célibataires ou en famille, qui se sont offert des congés sabbatiques : tous s’entendent pour dire qu’il s’agit d’une des meilleures décisions de leur vie.